Une chambre modestement meublée.
Un homme s’habille méthodiquement.
Il quitte la pièce…
L’homme revient. Il a reçu une balle dans le ventre. Il s’écroule.


J’ai un sale goût dans la bouche et je ne sens plus mes jambes. Et ce sang qui s’échappe de mon ventre, c’est pourtant le mien, mais je n’aime pas le voir dehors. J’ai chaud, non j’ai froid. Je suis tiède. Tiède, c’est entre les deux, c’est au milieu. C’est bon signe, je suis peut-être au milieu de ma vie ?
Tout de même, j’ai pas eu de chance. Le sang, c’est fait pour être dedans pas dehors…

Chez moi, rien, ne se fait normalement, tout tourne de travers, se disperse ou s’emmêle et je me cogne et je me tords comme un trombone dans un labyrinthe.
Je crois que ça a toujours été comme ça. Avant on disait de moi que j’étais un garçon sensible. Sensible pour ne pas dire autre chose, pour ne pas dire les mots qui font mal, pour ne pas me blesser… Et bien, c’est réussi.

J’ai passé les deux premières années de ma vie sur un lit à l’hôpital. J’étais malade, gravement malade, une maladie du sang. Un peu comme maintenant sauf que ça se passait à l’intérieur !
Il y avait plein de femmes penchées sur moi, leurs seins pointés vers l’extérieur, des infirmières. Dans les couloirs leurs hanches qui dansaient étaient ivres en courbes molles pendant que les médecins passaient en slow autour de mes veines sans me voir.
Des portes coupe feu, des veilleuses de sécurité, une vraie ville toujours éclairée où les gens se disent bonjour avec des baisers aseptisés. La mort dans du mobilier en fer. Le silence, des cris, des pleurs, des prières.



Je me souviens de plein de choses, je me souviens très bien de ma vie, de toute ma vie.
J’ai tant de souvenirs qu’il faudrait pouvoir les classer par ordre alphabétique ou par couleurs, c’est plus beau.
L’hôpital, c’était blanc, les murs étaient blancs, les blouses et les culottes des infirmières étaient blanches, à part les infirmières chefs qui avaient des culottes en dentelles noires pour exciter les médecins.



(...fin de l'extrait)