Comment je me sens ?
Je me sens seule, je suis seule… terriblement seule.
C’est presque inhumain une solitude pareille.
Mais pourquoi voulez-vous toujours savoir comment je me sens ?

Si encore je pouvais me raccrocher au malheur et même au désespoir mais quand je suis à l’intérieur, quand je suis réfugiée tout au fond de moi, quand par bonheur, si près, quand j’ai l’impression de pouvoir toucher tout ce qui ne va pas, de pouvoir regarder toutes ces choses, de les aimer, je m’aperçois qu’elles se sont évanouies.
C’est vide, je suis vide, désespérément vide.

Je n’ai même pas le courage de sourire ou de battre d’un cil, de jouer la femme ou de faire l’enfant. J’ai la tête vide aux pensées qui ne mènent nulle part, la tête vide et les yeux blancs qui pleurent aux regrets…
Et pourtant je n’ai pas toujours été vide. Non, on m’a vidée lentement, goutte après goutte jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien.
Alors à la place, comme un animal qu’on empaille, on m’a mis du décolorant…
D’abord presque rien, si doucement, pour mon bien et puis chaque jour un peu plus.
Maintenant, j’en ai en moi, j’en ai partout, j’en ai plein le ventre, dans les veines qui coule en silence et dans le cœur qui racle mes rires intenses. J’ai décoloré lentement, j’ai délavé avec les années…

Je me sens seule, je suis seule, terriblement seule.
C’est presque inhumain une solitude pareille.

Ca fait tellement longtemps qu’on ne m’a pas parlé de mes yeux.
Autrefois, je trouvais ça si bête et là, j’en meurs d’envie.
Je suis prête à tout entendre du moment qu’on me parle. Je suis prête à écouter le premier venu. Qu’on me dise des petits rien comme : - J’aime votre parfum, il vous va si bien… qu’on me donne des baisers de cinéma et puis rire en chœur, me retrouver dans un lit frais, les bras en croix, frissonner, être en feu, ivre d’amour. Danser des slows joue contre joue et qu’on me chuchote des mots tendres, doux ou sales… surtout sales.
(...fin de l'extrait)